Vivant principalement de la pêche et du tourisme, ils ont bien du mal à se sentir responsables du sort que leur réserve le trou de la couche d'ozone. Là-bas, pas de centrales thermiques, d'autoroutes, d'industries minières ou sidérurgiques dégageant du CO2. Rien de fumant ou polluant qui pourrait faire fuir le touriste venu admirer les eaux translucides. Au contraire ! Ils se prêtent volontiers au jeu du bon sauvage en pirogue et en pagne, nous accueillant dans des cases en bois (climatisées peu-être, mais c'est pas ça qui fait monter l'eau de la mer quand même, et en plus c'est pour nous !).
Nous avons intérêt à prendre des photos si nos prochaines vacances de rêve ou notre voyage de noce se lovent dans le lagon des Maldives. Car nos petits enfants nous croiront à peu près autant que si nous avions visité l'Atlantide ou la cave du père Noël.
Comble de cynisme ou triste lucidité sur notre humanité, le Président des Maldives ne demande pas à ce qu'on réduise nos émissions de gaz à effet de serre ou qu'on lui fasse un peu de place sur nos terres au sec. Non, il nous propose d'acheter le terrain sur lesquelles ira son peuple...
Monsieur Mohamed Anni Nasheed, je vous avoue que je vais avoir du mal à être un vrai bon écolo avec des toilettes bio à la sciure de bois dans ma nouvelle salle de bain, mais je crois que je peux faire un effort pour ma voiture et la laisser un peu au parking. En plus, c'est bon pour mon bide !
De l'autre côté de la mer a été écrit en 2003 en Nouvelle Calédonie.
Et je vois doucement monter la mer,
Sur mon île qui culmine à 10 mètres,
Je n'saurai bientôt plus où me mettre.
Le battement d'ailes de nos papillons
Fait pleuvoir, dit-on, là sur vos maisons,
Ce qui est sûr c'est que dans vos voitures
Vous compromettez, de notre île, le futur.
Ca fait 73 générations,
Que nous habitons là au bord du lagon,
Si on n'fait rien mon fils aura l'choix,
Entre poisson ou émigrer chez toi.
Chez toi, j'suis venu y'a 10 ans, à Genève,
Je n'avais jamais marché sur la neige,
J'vous ai vu un sourire de bienveillance,
Au coin des lèvres « quelle mignonne innocence ! »
La terre est le fond de la mer,
Ma terre ne s'ra plus que le fond de ta mer.
Au mois de janvier blanc comme un ange,
Tu viens chez nous pour deux semaines de vacances,
Tu nous embrasses et tu nous souris,
« Ah, chez vous, c'est vraiment l'paradis... »
Mais y'a deux cents ans quand t'as débarqué,
T'étais l'future et la modernité,
Tu croyais pas à notre submersion,
D'ailleurs t'y crois toujours pas pauvre con...!
La terre est le fond de la mer,
Ma terre ne s'ra plus que le fond de ta mer.
Vous nous avez fait chier pour un dieu,
D'amour de paix miséricordieux,
Qui pense aux autres et pas qu'à sa gueule,
Il change bien vite au volant d'sa bagnole.
Vos révolutions industrielles,
Qui rendent l'humanité plus belle,
Crève la couche et me brûle le dos,
Sous le tropique du Cancer de la peau.
J'habite de l'autre côté de la terre,
Et je vois doucement monter la mer,
Sur mon île qui culmine à 10 mètres,
Je n'saurai bientôt plus où me mettre.
Vous nous avez montré le chemin,
Pour devenir un bon Européen,
Si c'est moi qui t'prenais par la main,
Pour t'apprendre à devenir juste... humain.
Pour écouter ce titre, faites donc un tour sur notre myspace: www.myspace.com/sophiasenmele
